2006 - Cinémas de l’écart

Colloque de Sorèze

Février 2006

Pour ce quatrième colloque, nous avions choisi d’interroger la notion d’écart au cinéma, entendue comme prise de position, mise à distance, affirmation d’une différence par rapport à un état « dominant » du cinéma.

Nous nous sommes proposés d’explorer ce cinéma singulier qui s’attache sans relâche à rechercher « des turbulences perceptives nouvelles » , à renouveler les formes esthétiques, à dissoudre les catégories, à contrarier les logiques de domination et d’uniformisation de cet autre (le « cinéma dominant »). Loin de toute définition substantialiste, la dénomination cinéma(s) de l’écart s’éclaire d’abord en creux, par le négatif ou par le différentiel qu’elle suggère : écart par rapport aux figures et formes du « cinéma dominant », relativement à une rhétorique convenue, à des codes légitimés par une certaine histoire de la création et de la réception ; écart par rapport à des modes de production et des stratégies de distribution-exploitation imposés par le secteur commercial et industriel ; écart par rapport au complexe traditionnel caméra-projecteur-écran-salle…
Peut-on néanmoins définir positivement — ou du moins circonscrire — un ou des cinéma(s) de l’écart ? Le pluriel rend-il mieux compte de la singularité des démarches, de la pluralité des pratiques, des enjeux et des postures que la dénomination recouvre ? Avant d’envisager l’éventualité d’un territoire spécifique, ne doit-on pas d’abord questionner ces différentes expressions qui cherchent à identifier une production cinématographique hétérogène dont la particularité essentielle — qui constitue aussi le principal, et parfois le seul trait commun — est précisément d’échapper aux critères habituels de définition du cinéma considéré comme « dominant » ?

Y a-t-il par exemple une relation de contiguïté entre le cinéma d’avant-garde, le cinéma structurel, abstrait, expérimental, underground, entre le cinéma marginal, parallèle, indépendant, différent ? Ces dénominations ne masquent-elles pas, chacune sous une cohérence dénominative artificielle, des situations et positionnements complexes et largement distincts ? La volonté de se démarquer esthétiquement, socialement et / ou idéologiquement de la production cinématographique majoritaire est-elle suffisante pour établir une relation d’identité ?

Ces quelques questions pourront permettre de mieux cerner la problématique de l’écart. D’autres pistes de réflexion pourront être également envisagées :

- Contrainte, liberté et revendication : la coexistence (non nécessairement contradictoire) entre, d’une part, les situations de commande, explicites ou implicites et, d’autre part, une posture auteurale se positionnant, soit par rapport à un discours militant, un engagement idéologique, une revendication identitaire, soit dans le sens d’un projet poétique porteur d’invention ou de renouvellement de formes autonomes, manifestant l’expression privilégiée du style dans la mise en œuvre de l’écart, ou, a contrario, le refus absolu de style.

- Relations, interactions entre les arts : certains films ont pu s’interroger sur les autres champs artistiques sans en être le simple support documentaire ou la matière d’une rhétorique sur les œuvres, mais en les intégrant dans un processus d’inhérence qui dépasse le principe de la correspondance et de l’analogie, laissant imaginer toutes les perspectives, toutes les puissances du cinéma, avec peut-être à terme, l’utopie récurrente du cinéma comme « art total ».

- Positionnement historique : doit-on appréhender le(s) « cinéma(s) de l’écart » selon une perspective synchronique, dans un rapport critique aux états momentanés du cinéma dit « dominant », comme une suite de ruptures au sein d’un continuum, et / ou selon une perspective diachronique, comme un continuum de la rupture ?

- Rapport aux publics : les publics sont généralement à conquérir, à rassembler, voire, à inventer pour et par ce(s) cinéma(s). En dehors des circuits traditionnels, quelles sont les pratiques de diffusion, de promotion, d’accompagnement, qui permettent aux films d’affirmer un statut de visibilité, ou d’invisibilité revendiquée, et ainsi d’accéder à une reconnaissance particulière comme œuvres d’un patrimoine spécifique ?

COMITÉ SCIENTIFIQUE

  • Gérard Leblanc, Professeur à l’Ecole Louis Lumière (Paris)
  • Suzanne Liandrat, Professeur (Université de Lille)
  • Guy Chapouillié – Professeur (Université Toulouse II-Le Mirail)
  • Maxime Scheinfeigel, Maitre de Conférences HDR (Montpellier, Université Paul Valery)
  • Thierry Millet, Maître de Conférences (Université d’Aix Marseille)
  • Patrick de Haas, Professeur (Université de Paris I)
  • Philippe Ragel, Maître de Conférences (Université de Toulouse II-Le Mirail).