2005 - Identités collectives

Colloque de Sorèze

Février 2005

Pour ce troisième colloque, nous avions choisi de nous préoccuper du couple cinéma-identité collective, dont les noces remontent à plus d’un siècle.

Intimement liée à l’état des techniques et à l’économie des représentations à la fin du dix-neuvième siècle, la naissance du cinématographe s’est en effet inscrite dans un contexte d’affirmation mondiale des identités nationales. Les films ont ainsi immédiatement témoigné des préoccupations identitaires collectives, et les cinématographies ne se sont alors définies que par rapport à un pays, à un peuple ou à une communauté, c’est-à-dire par rapport à un sentiment d’appartenance nationale. En retour, de nombreuses entités étatiques ont utilisé le cinéma en tant que moyen de légitimation de leur existence. L’image filmique est, de ce fait, venue donner corps à une fiction politique identitaire dont elle s’est elle-même servie pour prendre forme. En ce sens, le cinéma et la nation ont toujours été complémentaires et se sont réciproquement nourris.

Aujourd’hui, la question nationale semble être devenue un cadre trop étroit, tant de notre côté de l’océan Atlantique, où la volonté d’union européenne se conjugue avec la décentralisation renforcée de puissantes entités régionales, que de celui des États-Unis qui, politiquement mais surtout culturellement, cèdent souvent à une certaine tentation impériale en s’imaginant et en se projetant comme une société-monde. En outre, échappant de plus en plus au diktat étatique, la définition de l’identité devient fluctuante, multiple. D’ailleurs le marché ne s’y trompe pas, qui, à travers chaînes thématiques, magazines, sites web et films de niche, cherche à développer des convergences avec les différentes revendications communautaires agitant nos sociétés. C’est pourquoi le cinéma, média travaillé intrinsèquement par la problématique de l’identité collective, nous apparaît plus que jamais au centre de toutes les interrogations portant sur la capacité de la culture à rendre compte de l’existence des sentiments d’appartenance contemporains. La question centrale de ce colloque concernera donc la participation, passé et présente, du cinéma à la création et au renforcement des identités collectives. Peut-on encore parler d’un cinéma américain à l’heure où les productions sont avant tout pensées pour un marché mondial ? Tout cinéma national est-il soluble dans la mondialisation économique ? L’identité collective est-elle un facteur primordial dans la construction d’une cinématographie ? Un film est-il définissable par le pays d’origine des capitaux investis dans son financement, par ses territoires de distribution, par la personnalité de son réalisateur ou seulement par le public qu’il est susceptible de rencontrer ? La notion d’exception culturelle est-elle autre chose que la revendication corporatiste d’une profession maîtrisant particulièrement bien la résonance médiatique ? Existe-t-il des liens entre les idées d’auteur et d’œuvre d’art et les prises de position inhérentes à l’expression d’une identité collective ? Quelle est la place du cinéma militant dans l’histoire des revendications identitaires ? Est-ce toujours un engagement actuel ?

La confrontation des points de vue disciplinaires et des méthodologies nous a semblé également indispensable. Nous avons demandé ainsi à ce que les propositions de communication fassent apparaître clairement les choix méthodologiques de leur auteur. Les études de contenu, les approches historiques, les réflexions en terme de stratégie des acteurs, les études de réception ou celles privilégiant l’esthétique nous ont été également précieuses pour envisager l’ensemble des facettes du couple cinéma/identité collective.

Co-direction :
Pierre Arbus et Franck Bousquet, alors ATER & chercheur au Lara, aujourd’hui MCF à l’Université Paul Sabatier en 71e section)

COMITÉ SCIENTIFIQUE

  • Francis Bordat (Professeur de Civilisation américaine à l´Université Paris X)
  • Guy Chapouillié (Professeur de Cinéma et Directeur de l´ESAV)
  • Suzanne Guigues (Professeur de Cinéma à l´Université Lille III)
  • Jean-Louis Leutrat (Professeur de Cinéma à l´Université Paris III)
  • Natacha Laurent (Maître de conférences en histoire du cinéma à l’UFR d’histoire de l’Université Toulouse II-le Mirail, déléguée générale de l’association La Cinémathèque de Toulouse)
  • Pierre Molinier (Professeur en sciences de l´information et de la communication, Université Toulouse II-Le Mirail)
  • Serge Regourd (Professeur de Sciences Politiques à l´Université Toulouse I)
  • Melvyn Stokes (Professeur en Histoire du Cinéma et Civilisation américaine à l´University College of London)