Entrelacs n°5 - La Machine

Éditorial

La Machine, c’est le titre de l’un des fragments de l’œuvre inachevée de Blaise Pascal, cette Apologie de la Religion Chrétienne dont il avait entrepris la rédaction dans la deuxième moitié de sa courte vie, et qui restera en cet état fragmentaire connu aujourd’hui sous le titre de Pensées. Le Discours de la Machine invite l’homme « automate autant qu’esprit » à prendre conscience de toute une « pièce » de son être, « la machine » qui fonctionne en lui sourdement et menace les semences chrétiennes qui auraient Pu germer. Pascal, grand lecteur de Montaigne assène mainte virulence aux états de la pensée cartésienne, aux rationalismes fondateurs de la croyance en la liberté et en la souveraineté de l’esprit humain, visiblement illusoires" ’

Le Pari du cinquième numéro d’Entrelacs, ce serait de repérer les rouages de Ia machine cinématographique, mécanismes qui, insensiblement, mènent vers les dérives du déterminisme tout un pan de son esthétique. Ce serait encore procéder, par l’écriture, par l’exégèse d’une pratique dont les académismes s’ancrent de manière relativement dominante dans les naïvetés du rationalisme, au décryptage des routines et des systèmes de l’efficacité du film de cinéma, que Bresson, dont il sera question dans l’une des contributions retenues Pour ce numéro, opposait sans appel au cinématographe, « écriture avec des images en mouvement et des sons ».

Mais la Machine, c’est aussi cette figure interprétative qui prend pour objet les productions de la technologie dominante, et les engage dans une métamorphose poétique qui prend appui sur l’analogie de tout système avec la pulsion organique qui en est’ en somme’ le premier moteur’. Car à l’aune de cette thématique, les interrogations seraient naturellement innombrables : d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, la Machine est dévoreuse’ tueuse’ de Zola à Chaplin, des mécanismes de l’identité américaine à ceux de la Solution Finale. La frontalité et la transparence du point de vue dans Les Temps Modernes (un élément de style chez Chaplin) est, à ce titre, emblématique de la posture de résistance ou de militance par laquelle le spectateur de cinéma, à l’égal du futur croyant de Pascal, pourrait accéder au statut supérieur de voyant’ Car s’il échappe au laminage par la Machine, des vérités lui deviennent alors accessibles, des vérités que seules les œuvres de l’art recèlent, dont elles seules ont le privilège et le devoir de la transmission.

Sommaire

  • « Mécanisme de l’imaginaire américain » (Michel Chandelier) : 5
  • « Holliwood, fin de siecle ! Le spectacle de la société technicienne » (Franck Bousquet) : 13
  • « Cinéma : connaissances, croyances et idéologies. Transformations du cinéma, transformations des spectateurs : ce que peut le cinéma » (David Faroult) : 19
  • « Perspective en construction » (Jean-luc Antonucci) : 38
  • « Une brêve histoire du clavier » (Gilles Methel) : 53
  • « Les Machines narratives de Pasolini » (Christian Lebars) : 59
  • « Le mécanisme du corps, comme manifestation de l’essence pure chez Robert Bresson » (Peggy Saule) : 73
  • « La Machine et le dragon dans Une Histoire de vent de Joris Ivens et Marceline Loridan » (Rose-Marie Godier) : 78
  • « L’Érotisation de la machine : Crash, de David Cronemberg » (Amanda Rueda) : 87
  • « Quand le Cinéma transporte » (Alexandre Tylski) : 92
  • « Machines musicales, machines à faire peur : Ostinato et note-pédale » (Bernard Arbus) : 97
  • « L’Autre séparation » (Guy Chapouillié) : 103
  • « Les Chemins de l’aveu » Pierre Arbus) : 108
  • « La machine, le cinétique, et le supra-segmental » (Christine Decognier) : 118
  • « La plus belle harmonie » (Didier Lambert) : 134
  • « Le langage cinématographique et la codification du point de vue » (Radhouan Maazon) : 138
  • « Le Monde allant Verne » (Frédéric Cassan) : 151

Fiche technique

- Parution : Novembre 2005
- Pages : 130
- Format : 19cm x 21cm
- ISBN : 978-2-912868-70-1 / Prix TTC : 21 €
- Numéro disponible chez l’éditeur : Téraèdre