Entrelacs n°6 - L’Arbre

Avant-propos

« Une terre sans arbre ne serait pas la Terre, et les vivants éprouveraient bien des difficultés à y maintenir leur règne puisqu’il n’est pas d’état où il ne transmette la vie : môme mort, sa lente décomposition, comme sa combustion, fertilise la terre où il finit par se réduire. Pourtant l’époque moderne a repoussé les arbres aux portes de nos villes, les a même écartés de nos chemins boisés, bref ne les a guère récompensés des bienfaits dont ils nous ont, depuis la nuit des temps, comblés. On peut le comprendre : qui dit arbre dit forêt et comme le rappelle Pierre Bergounioux, « on se souvient que son nom, à l’origine, c’est ’foris’, le dehors. On devine son dessein, qui est de régner sans partage, comme au commencement »(1). La forêt a donc dès l’origine menacé le « rêve de pierre des grandes cités »(2) et l’homme a éprouvé le besoin de repousser, mais aussi d’exploiter et de domestiquer ce repère de la sauvagerie.

Au cœur de cette forêt, incertaine, obscure, matricielle, on rencontre pourtant d’augustes ambassadeurs, au port altier, avec lesquels ‘’homme a toujours trouvé matière à se ressourcer. Siège des divinités et des senteurs oraculaires (le chêne de Dodone) dont le caractère médiologique n’échappe pas, province des imaginations, gardien des lieux sacrés, il n’est pas de civilisation qui n’ait, en effet, cherché au pied de l’arbre quelque rêve d’universalité. Adoré sur les hauteurs, objet de pratiques cultuelles, l’arbre cosmologique contient et produit tout l’univers. Il conjugue, remarque le philosophe Robert Dumas, « le chtonien et l’aérien, le lourd et le subtil, le sombre et le lumineux, la terre et l’air, l’eau et les vents » (3). Compagnon le plus attentif aux humeurs vagabondes de l’homme, il accueille la peine et soulage des afflictions du monde. Contre son tronc vigoureux, le poète romantique se réfugie (…) »

Sommaire

  • Avant-propos (Philippe Ragel) : 5
  • Échange épistolaire (Abbas Kiarostami/Philippe Ragel) : 11
  • « Arbre abattu, arbre redressé, dans Les Oubliés, de Vittorio de Seta (1959) » (François de la Bretèque) : 27
  • « Les Arbres, des hommes comme les autres, dans Derzou Ouzala, Akira Kurosawa (1975) », (Valérie Zanello) : 35
  • « Sur un arbre perché, autour du peintre Jean Le Gac » (Jean-Louis Leutrat) : 47
  • « L’Arbre de la mort, dans Sleepy Hollow, de Tim Burton (1999) » (Alice Vincens) : 53
  • « Excroissances du Séquoïa de Vertigo, dans La Jetée, et L’Armée des douze singes » (Sophie Lécole, Arnaud Despax) : 59
  • « Figures de l’arbre chez Antonioni » (Marc Ferniot) : 71
  • « L’Histoire de Cendre, ou les fictions de l’arbre » (Olivier Subra) : 87
  • « L’Arbre et la pierre (autour de Visconti) » (Suzanne Liandrat) : 97
  • « L’Olivier du Gilân, résurgences - La Trilogie du Gilân, d’Abbas Kiarostami » (Philippe Ragel) : 103
  • « Camouflages, Tropical Malady, d’Apichatpong Weerasethakul (2004) » (Fabienne Costa) : 119
  • « Les sous-bois du Cinéma » Caroline Renard) : 127
  • « L’Arbre et la forêt, autour de Kurosawa » (Michèle Tesseyre) : 139

Fiche technique

- Parution : mars 2007
- Numéro disponible chez l’éditeur, Téraèdre