Entrelacs n°3 - Musique de film ?

Éditorial

« (…) Ce n’est pas une question que pose cette dernière livraison d’Entrelacs, mais une évidence de nature problématique… Préalablement, c’est al question de l’unité de l’œuvre filmique qui occupe la plupart des auteurs. Parce qu’il est toujours problématique de concevoir l’idéal et pacifique conjonction de pratiques autonomes, aussi culturellement et esthétiquement marquées que la musique et le cinéma. Parce qu’il y a indéniablement cette différence : la musique, ou l’art exemplaire, pour beaucoup, et le cinéma historiquement indissociable de la musique… Quelle musique ? Musique des instruments, musique de sons, musique de voix…. Ce qui agace, c’est la convention : « On balance les sons », ironise Claude Bailblé. Ce qu’on balance, en somme, c’est ce qui participe conventionnellement de l’identification de l’œuvre comme film de cinéma : la musique est une morale, ou mieux, un dogme moral. Mais au-delà de ce qu’invoquent les plus radicaux, ce n’est pas tant son autonomie qui est en cause, que la nature de son implication dans la trame en devenir de l’œuvre.

Les moins académiques des musiciens se sont toujours montrés rebelles, face à la musique-institution (esthétique, sociale, morale…), il n’est pas étonnant que des chercheurs, enseignants, cinéastes, contestent l’institutionnalisation du lien (ou plutôt de l’absence de lien, c’est-à-dire, dur recours) entre la musique et le film. Je dirais, un solide morceau de la querelle (car il s’agit bien d’une querelle, ne feignons pas de l’ignorer) se trouve là, précisément, dans l’institutionnel, prédateur de l’esthétique. La musique n’est pas en cause. Asservie dès l’origine à toutes formes de représentations figuratives ou chorégraphiques, comprises les parades de la liturgie, elle est proposée, encore aujourd’hui jusque dans les Conservatoires, comme savoir et pratique culturelle, distanciée de la posture créatrice qui valide seule l’invention musicale (étendue depuis peu au sonore). L’objet audiovisuel s’assigne comme fonction manifeste le discours et le sens. Dans une telle volonté d’ordre et de taxinomie, c’est naturellement à la musique qu’il demande s’assumer ou de régir le versant disons poétique de son expression. Dichotomie : les uns en jouent, d’autres la façonnent, d’autres encore songent à la réduire… A la promesse d’un nouveau statut, celui d’une totalité du fragment audiovisuel, de l’œuvre cinégraphique. »

Sommaire

  • Editorial (Pierre Arbus)
  • « Le Film audiovisuel » (Claude Bailblé, Michel Fano, Thierry Millet)
  • « À propos de Sauve qui peut la vie de Jean-Luc Godard » (Christophe Havot)
  • « Premiers sons : grondement et crépitements, brouhaha » (Thierry Millet)
  • « Leçons d’immanence » (Pierre Arbus)
  • « Qu’à le son » (Gilles Methel)
  • « La Musique dans le cinéma de la Nouvelle Vague » (Frédéric Gimello-Mesplomb)
  • « Le Tempo et la loi » (Françoise Machand)
  • « Double-bande » (Paul Lacoste)
  • « La Musique de I’acousticien » (Robert Ruiz)
  • « Les inventions de Gance » (Frédéric Clarion)
  • « Image frontale, son spatial : problèmes de scénographie » (Claude Bailblé)
  • « Sous le signe du drapeau rouge » (Guy Chapouillié)
  • « Le juste courroux d’un musicien-preneur de sons » (Pierre Voyard)

Fiche technique

- Parution : janvier 1998