Option « Recherche & Expérimentation »

Option Recherche Expérimentation (REX)

Responsable : Pierre ARBUS
- pierre.arbus univ-tlse2.fr / 05 61 50 46.03

Les objectifs

A la suite de la Licence Création audiovisuelle de l’ESAV, ou de licences Arts du Spectacle, Cinéma, ou encore de mineures Cinéma ou Audiovisuel, suivies dans d’autres cursus, vous envisagez de vous orienter vers un parcours susceptible d’articuler la réflexion théorique dans les champs de l’audiovisuel, autour d’un engagement en création et expérimentation plus approfondie que dans les initiations ou sensibilisations que l’on peut trouver habituellement dans les masters d’Études Cinématographiques.

La recherche en cinéma et audiovisuel ne saurait se limiter à l’observation à distance d’un corpus d’œuvres, abordées comme autant d’hypothèses culturelles ou patrimoniales, sans la connaissance des outils et de leur mise en œuvre, et surtout, sans l’implication personnelle dans le processus de création et d’expérimentation : condition nécessaire pour une approche évolutive et un enrichissement de la proposition esthétique globale, cette articulation privilégie une recherche non dissociée du travail de laboratoire proprement dit, à savoir, l’expérience, l’expérimentation, l’essai. Elle est ainsi susceptible de s’établir comme force de proposition, dans un domaine où le discours, le commentaire, ou la glose sont trop souvent séparés, voire opposés, au faire (faber) et à la pensée du faire.

Il apparaît aujourd’hui que la recherche en Audiovisuel ne peut faire l’impasse, à partir du Master, sur un prolongement des observations et des connaissances acquises antérieurement, allant dans le sens de propositions œuvrantes, conditions pour que la recherche dans la discipline ne demeure pas dissociée du monde de la pratique et de la création, et qu’un dialogue constructif et collaboratif puisse s’établir entre créateur-chercheurs, et chercheurs-créateurs, sans résistances ni sectarisme.

Aucune recherche n’est susceptible d’être dispensée de l’expérimentation, laquelle entretient avec elle une relation dialectique, un va et vient nécessaire aux enrichissements mutuels, et donc à l’approfondissement : l’expérience ne vient pas confirmer l’hypothèse, elle la nourrit, la réoriente, en favorise la diversification, la division, la valorisation.

La structure de la formation : 2 années

La formation Master Recherche Expérimentation à l’ESAV s’organise en trois axes de découverte et de spécialisation :

  • 1. Séminaires de recherche de 25 h sur 2 ans (M1 et M2), proposé chacun par un enseignant-chercheur titulaire, pendant lesquels les étudiants seront sollicités pour intervenir selon la thématique et l’orientation de leur projet de recherche. Voir ci-dessous la liste des séminaires.
  • 2. Le second leur proposera un programme d’atelier de réalisations, dirigés, soit par des enseignants-chercheurs titulaires, soit par des intervenants extérieurs (Master classes). Chaque recherche sera, en outre, accompagné d’un travail d’expérimentation, en cohérence avec la thématique choisie, et donnera lieu à la présentation lors de la soutenance d’une production audiovisuelle. Le directeur de recherche restera l’interlocuteur privilégié dans l’élaboration et la cohérence de cette double articulation entre Recherche et expérimentation, qui constitue la singularité de l’option 2.
  • 3. Enfin le troisième axe permettra aux étudiants de se familiariser avec les dispositifs de valorisation et de communication de la recherche ; ils auront ainsi à rendre compte par écrit de leur participation à au moins 3 journées d’études, un colloque, et un festival de cinéma par année de master.

Le cadre de la formation

La formation se déroule dans les locaux rénovés de l’École Supérieure d’Audiovisuel, en centre ville, dans un environnement institutionnel et culturel privilégié (proximité de la Cinémathèque de Toulouse, des théâtres, des médias locaux…). L’ESAV offre des équipements des espaces de formation dédiés aux enseignements d’audiovisuel (salles spécialisées, salles de projection) et du matériel de tournage et de montage dédié à cette option.

Les enseignements d’une durée globale de 100 h/année sont regroupés sur une ou deux journées hebdomadaires de fin octobre à fin avril, afin de favoriser les recherches individuelles, ainsi que les investissements professionnels et culturels de chaque étudiant. Les 2 ateliers de réalisation seront chacun organisés sur trois journées, en fonction des disponibilités des intervenants.

L’environnement scientifique du Master

Le master est adossé principalement à deux équipes de recherches habilité au plan national : le LARA (Laboratoire de Recherche en Audiovisuel) EA 4154, Université Toulouse 2, et Dynamiques Rurales (CNRS / Université de Toulouse II, École Nationale de Formation Agronomique)

Les divers séminaires s’appuient principalement sur les programmes développés par le laboratoire. Les étudiants sont donc invités à participer aux activités de recherche des deux équipes en fonction de leur centre d’intérêt et de la thématique de leur mémoire. Il leur est demandé aussi de suivre les colloques et journées d’études organisés par ces structures. On trouvera sur le site de l’Équipe Esthétique du LARA le calendrier des Séminaires et Journées d’Études organisés par l’équipe Esthétique du LARA et Dynamiques Rurales.

L’évaluation

Pour chacune des années, seront évalués :

  • L’assiduité aux séminaires hebdomadaires et aux regroupements
  • Le mémoire de recherche ou de professionnalisation
  • L’expérimentation accompagnant le mémoire
  • Les compte-rendu de synthèse des 3 journées d’études ou séminaires obligatoires
  • Le compte-rendu de synthèse d’un Colloque
  • Le compte-rendu d’un festival.

Conditions d’accès

L’admission se fera sur dossier de présentation d’un projet associant recherche et expérimentation, ou susceptible de proposer une conjonction pertinente de ces deux versants, lors d’un entretien avec les candidats. Aucun pré-requis technologique ne sera exigé (contrairement au recrutement direct en M1 Réalisation, option 1).

Toutefois, la commission de sélection restera attentive à la motivation du candidat pour les pratiques, et à sa compréhension de la double articulation recherche-expérimentation, qui nous semble devoir caractériser tout travail d’approfondissement dans le domaine de la recherche en Audiovisuel.

Seront examinées, les dossiers de candidats présentant un projet de recherche-expérimentation dans les domaines du cinéma et de l’audiovisuel, et suggérant une problématique (celle-ci pouvant n’être qu’ébauché, dans la mesure où la définition précise d’une problématique de recherche doit rester intégrée au cursus, et donc être amenée ultérieurement à l’intégration du candidat). En outre, des pistes concernant les corpus et la bibliographie devront être précisées.

Lors de la rentrée, il sera présenté la spécificité de la formation, ses attentes, et les engagements qu’elle suppose, notamment en terme de participation active aux séminaires, d’initiative dans les pratiques expérimentales, d’implication dans les journées d’études, colloques, manifestations culturelles proposées dans le cursus.

Liste des intervenants, directeurs de recherches et tuteurs

On trouvera le parcours détaillé et les orientations des chercheurs cités ici sur le site de l’équipe Esthétique du LARA : http://lara.hypotheses.org/

  • ARBUS Pierre, Maître de Conférences, 18e section CNU, ESAV / LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • BEZNOSIUK Alexandre, PRAG, ESAV / LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • CHAPOUILLIE Guy, Professeur Honoraire, 18e section CNU, ESAV / LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • DUFOUR Jean-Louis, Maître de Conférences, 18e section CNU, ESAV / LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • LABROUILLERE Isabelle, PRAG, ESAV / LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • LACOSTE Paul, Professeur, 18e section CNU, ESAV / LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • MAURY Corinne, Maître de Conférences, 18e section CNU, LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • METHEL Gilles, Professeur, 18e section CNU, ESAV / LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • RAGEL Philippe, Maître de Conférences, 18e section CNU, LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • RUIZ Robert, Maître de Conférences, 18e section CNU, ESAV / LARA / Université de Toulouse II le Mirail
  • VINCENS Alice, PRAG, ESAV / LARA / Université de Toulouse II le Mirail

Les Cours

  • La voix, un déchirant esthétique majeur (Guy Chapouillié)

«  il entendait leurs voix, il respirait l’odeur humaine de leurs paroles (sans pourtant en saisir le sens), paroles qui hors de leur signification même avaient un son, une odeur, un poids physique, corporel, comme si elles aussi avaient de la chair » Le soleil aveugle de Curzio Malaparte, p.48.

Au moment où le Cinéma parle, c’est le surgissement d’une singulière qualité donnée aux hommes pour construire autrement leur regard, car l’image devient audiovisuelle ; une image audiovisuelle qui n’éclate pas ; une image audiovisuelle qui gagne au contraire une rare consistance. Certes, il y a l’infini des sons, mais il y a surtout la voix qui bouleverse l’esthétique cinématographique. Les corps deviennent vocaux et tout change, les pratiques de tournage, les pratiques de montage, le rythme aussi et par conséquent la réception. Alors, la voix s’impose comme un des opérateurs majeurs du film dans lequel désormais le champ cinématographique explose littéralement.

Et puis, en dehors des mots qu’elle articule, la voix transporte une information non linguistique qui peut traduire de l’émotion ou bien de la fatigue physique par exemple. C’est pourquoi, le module croisera les compétences esthétiques, linguistiques et acoustiques pour mieux étudier l’infini des formes de la parole filmique et de son efficace émotionnelle.

  • Pour une poétique dans le cinéma du réel (Corinne Maury)

« La poésie, c’est rendre le monde au visage de sa présence » (Y. Bonnefoy). « La poésie, c’est rendre le monde au visage de sa présence » Y. Bonnefoy

Certains cinéastes cherchent à s’affranchir des images immédiates et familières du réel afin de restituer des présences du monde plutôt que d’en créer des représentations. Par l’emploi de figures singulières, ces cinéastes étourdissent le paraître du réel et provoquent la carapace ordinaire des choses afin d’habiter un autre du monde. Nous travaillerons et déclinerons cette question de l’ habitation du monde à travers plusieurs territoires de recherche, tels que Plasticités et monumentalités de l’archive filmique, La Pluie au cinéma – Éloge d’un motif dynamique, L’Autoportrait – pour un mouvement des regards. Ce cours sera une extension, une poursuite du travail initié dans le livre « Habiter le monde. Éloge du poétique dans le cinéma du réel. »

  • De la Cinéstase dans les fictions du réel (Philippe Ragel)

Ce séminaire se propose de repérer et de questionner une figure que nous qualifions de cinéstase dans quelques fictions dites « du réel ». Nombreux films de cinéma à caractère réaliste (et il faudra préciser la question du réalisme au cinéma) témoignent en effet de moments poétiques, de d’états de suspension où quelque chose de leur programme narratif, dramatique, iconographique, semble soudain échapper. Effet de pause, d’apesanteur, bifurcation, rétention, instant musical ou métafilmique sont quelques unes des manifestations de la cinéstase dont il ne s’agira pas, ici, de proposer une typologie, mais, tout accordée à son caractère justement flottant et poétique, d’étudier les ordonnancements et les variations. Le corpus mobilisera des univers aussi variés que ceux de Philippe Grandrieux, Hous Hsiao Hsien, Abbas Kiarostami, Stéphane Brizé, Edward Yang, Roberto Rossellini, Jean-Luc Godard, Wim Wenders ou Stephen Frears.

  • Le Continuum imaginaire (Pierre Arbus)

A la représentation de la rupture que nous propose l’Histoire des événements, l’Histoire des sciences (rupture épistémologique), l’Histoire des œuvres, voire notre propre histoire individuelle, peut être opposé ce lien, gage de sauvegarde, de survie et d’évolution de toutes les cultures, de toutes les humanités, que Bachelard désigne par « cet imaginaire (Hölderlin) que « fondent » les poètes ». Ce sont les imaginaires qui façonnent la capacité des cultures, des sociétés et des individus à résister à l’évidence des rationalismes, au joug des idéologies, à l’influence monolithique des corporatismes. Le cinéma apparaît ainsi comme l’une des expressions les mieux adaptés à l’analyse de ce mouvement complexe entre, d’une part, le patrimoine imaginaire commun, et d’autre part l’intrusion créatrice, la métamorphose, plus aisément repérable dans les arts ou la reconnaissance du patrimoine collectif est conditionnée à un important travail d’analyse, de référence, de recoupements, de pertinence, d’intuition, et de culture. Le cinéma a travers le continuum imaginaire crée le lien entre la subjectivité d’un auteur / spectateur dans un lieu et un temps singuliers, et le collectif universel, passé, présent et avenir, constitué de la somme de ces subjectivités, réintégrant l’individu dans le continuum de l’histoire des hommes, et montrant à sa conscience tout le sens collectif de son existence individuelle.

  • La représentation des objets sonores à l’écran (Isabelle Labrouillère, Alexandre Beznosiuk)

L’intervention portera sur les identités sonores à partir de No Country for Old Men (Frères Cohen, ) et A History of Violence (David Cronenberg, 2004). Il s’agira dans un premier temps d’aborder les questions d’environnement sonore, de valeurs de plan sonore du point de vue de leur fabrication et de leur sélection par le réalisateur et l’ingénieur du son. Dans un second temps, ces valeurs de plans seront analysées au sein des séquences elles-mêmes en termes d’effets perçus par l’énonciataire. Chaque étudiant proposera ensuite, à partir d’une série de plan extraits d’un film (une minute maximum) plusieurs environnements sonores prélevées sur des œuvres existantes dont il proposera une courte analyse (une page environ). Dans un second temps, chaque étudiant devra proposer une séquence audiovisuelle de sa création et procéder à une analyse plus développée de ses choix et des effets induits sur le spectateur.

-* Recherche et expérimentation ? (Paul Lacoste)

La recherche expériementation en cinéma ne peut par définition être normée, mise en méthode universelle. C’est dans la singularité de chaque chantier filmique qu’elle doit être encouragée, accompagnée, enrichie par le regard d’un enseignant-créateur-chercheur, lui-même sur le fil de ces pratiques emmêlées. A mi-année scolaire, il est temps de faire un point sur les versants d’expériences filmiques conduites par les étudiants, qui devront déjà rendre quelques résultats pour nourrir la dernière ligne droite de la recherche. Ce séminaire sera l’occasion pour la classe entière de connaître l’ensemble des expériences, qu’elles soient encore au stade de la conception, du tournage, ou du montage. Car le cinéma, qui in fine est une expression, doit pouvoir, même en cours de fabrication, se parler, dans un véritable esprit de laboratoire.

Contacts

Responsabilité scientifique :

- Pierre Arbus

Administration :
- Djazaïra Berkouk