« Support, mon beau souci »

Séminaire outils et création cinématographique de Vincent Deville

Sixième séance du cycle de séminaires consacrés aux outils et création cinématographique, organisé par Bérénice Bonhomme, M.C.F à l’ESAV, membre du LARA - SEPPIA (EA 4154).

Dans son texte « Montage, mon beau souci », Jean-Luc Godard affirmait la suprématie et l’antériorité du montage dans le processus de création d’un film : « Le montage est avant tout le fin mot de la mise en scène ». Nous allons pour notre part envisager les films de cinéastes qui pourraient dire, pour paraphraser Godard : le support est avant tout le fin mot de la réalisation d’un film. C’est-à-dire envisager des techniques, des procédures, des gestes qui mettent au jour la matérialité du support employé. Comme le rappelle l’historien de l’art Jean-Marie Pontévia, le matériau (la matière) a toujours pâti d’une dévalorisation, au profit de la forme achevée.
Nous interrogerons le sens et la portée d’un tel retour de la matière au sein d’une histoire des formes, dans la lignée des travaux et réflexions des constructivistes russes au début du XXe siècle, théorisé par Vladimir Markov sous le terme de faktura : « L’amour du matériau est pour l’homme une incitation. L’orner et le traiter donnent la possibilité d’obtenir toutes les formes qui lui sont propres, les “résonances”, que nous appelons factures . »
Que visent ces démarches qui vont à l’encontre d’un idéal de transparence dans la fabrique d’une image mimétique et analogique de la réalité ? Une question qui se repose d’autant plus à l’ère des images numériques, qui semblent vouloir et pouvoir représenter la réalité avec toujours plus de ressemblance. Nous tenterons d’apporter quelques éléments de réponse en étudiant les films et les propos de cinéastes et de leurs collaborateurs artistiques qui font le choix singulier de la pellicule aujourd’hui encore, ou qui réinjectent de la matérialité dans les supports dits dématérialisés.

Vincent Deville est Maître de conférences en cinéma à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, où il dirige le Master 2 Métiers de la production cinéma et audiovisuel. Auteur du livre Les Formes du montage dans le cinéma d’avant-garde (PUR, 2014), il a contribué à divers ouvrages collectifs, parmi lesquels : Artavazd Pelechian, la symphonie du monde (C. Déniel, M. Vappereau, Yellow Now, 2016 à paraître) ; L’Étrangère, n°35-36 « Théorie et poétique du fragment » (O. Schefer, La Lettre volée, 2014) ; Dictionnaire de la pensée du cinéma (A. de Baecque, P. Chevallier, PUF, 2012) ; Le Cinéma critique. De l’argentique au numérique, voies et formes de l’objection visuelle (N. Brenez et B. Jacobs, PU de la Sorbonne, 2010).
Réalisateur de films expérimentaux en Super-8, programmés en France et dans d’autres pays.

Jeudi 12 mai 2016 de 14h à 17h. ESAV. Salle arts du spectacle.