Travailler avec Fred Wiseman

Témoignage d’un Ancien de l’ESAV

- A propos du travail avec Fred Wiseman (sur le film La Danse (2009)
- Par Gilles GRANIER (Promo 1999), étalonneur

« De ce que je sais, car je n’étais pas en tournage avec lui mais j’ai passé une partie de ses rushes et j’ai ensuite étalonné son film pendant 3 semaines avec lui et son chef opérateur.

Il n’y a pas de miracle, il tourne beaucoup, énormément de rushes donc, en S16mm (2 ou 3h par jour), ils ont passé environ 60 jours (si je me souviens bien) en tournage à l’opéra Garnier, mangé à leur cantine par exemple, l’idée étant de faire partir des meubles.

Fred est au son, et John son chef op à la caméra, ils ont un loader pour préparer les magasins mais pas de pointeur, ils ne sont donc que 2 sur le « plateau ». C’est Fred qui mène le bal, la parole est la vedette, le chef op essaye de faire les plus belles compositions avec ce qu’il lui reste, il n’y a quasiment aucun découpage à la prise de vue, si ce n’est pour les séquences de transitions sans personnage, sinon ce n’est que du plan séquence le temps des 120m de 16mm.

Fred Wiseman est sans concession, il produit ses films en quasi-totalité (ça aide pour éviter les concessions) suit toutes les étapes au plus près. Sinon je pense que son caractère joue beaucoup dans son rapport avec les gens qu’il filme, il a une tête de petit vieux inoffensif, c’est un grand curieux, très agréable et humain, il ne paie pas de mine, ne mettra jamais en avant sa culture et son intelligence (il a lâché un poste de prof de droit à Harvard pour faire du docu). Il fait encore le globe trotter tout seul à 80 ans, seul une minerve trahit son grand âge, comme il le dit lui même il a passé sa vie avec un nagra en bandoulière, ça laisse des traces.

Une anecdote, c’était la première fois qu’il faisait un étalonnage numérique, je commençais à lui faire des propositions assez barrées sur certaines couleurs, notamment sur les costumes des danseurs. Je m’arrête et lui demande si changer l’apparence de l’image jusqu’à aller vers quelque chose qui n’existait pas au tournage le dérangeait dans sa démarche de documentariste, il me répond qu’au contraire. Il tourne en 16 et sans éclairage pour interférer le moins possible avec le réel, mais sublimer une image en post production, il est ultra preneur. »

[Voir Fiche Gilles Granier]